PEDAGOGIE

Élève du maître de butô, Mitsuyo UESUGI, mon enseignement et ma recherche chorégraphiques sont liés à cette transmission.
Le butô est une danse de mémoire, qui met en jeu l’histoire de chacun. C’est un retour aux origines. Pour moi, cette pratique est profondément liée à l’histoire du Japon et à la culture des Japonais et je ne peux, en aucun cas, me présenter comme une danseuse de butô. Toutefois, je suis une danseuse contemporaine qui utilise les principes du butô.

Depuis 2 ans, je transmets cette technique à des professionnels (lors de stages, Micadanses, CCN Orléans) ou à des élèves danseurs (Conservatoire National supérieur de Paris et de Lyon) et des élèves amateurs (Lycée de Rosny). Je fais le point, en même temps, sur ces 8 années de collaboration, sur ce qu’est devenue ma danse grâce et avec Mitsuyo. Je me dois d’apprendre à d’autres ce qu’elle m ‘a appris, non par dévotion ou obligation, mais parce que cela me permet de continuer à chercher et cela fait partie de l’apprentissage. De plus, la rencontre avec d’autres danseurs, ou d’autres personnes, autour de cette pratique est extrêmement riche et essentielle. Les étudiants amateurs, ou pas, m’obligent à affiner, à définir, à porter mon regard et mes attentes différemment et me font beaucoup avancer. Dans mon parcours de danseuse et de chorégraphe.
Le stage

Chacun crée son butô. C’est un travail sur la présence, cela nous apprend à être là, maintenant et entièrement sur un plateau. La lenteur que l’on traverse nous permet de mobiliser le corps physiquement et mentalement. C’est une façon de questionner son désir et son engagement : « Qu’est-ce que je fais là, et qu’est-ce que je désire dire ou montrer? Quelle danse je veux ? »
L’improvisation, qui est la base du travail, est pensée comme un acte de création. Chaque improvisation est unique, et ce n’est pas simplement (dans le cadre du stage) un exercice, mais un moment où la danse se construit en solo. Il faut en permanence garder la conscience du regard extérieur, de l’échange avec le « spectateur » tout en sachant très clairement ce que l’on est en train de faire, de raconter.

Mon maitre, Mitsuyo UESUGI, a été l’élève de Kazuo ONO pendant 25 ans. L’enseignement qu’elle m’a transmis s’inscrit dans la lignée de ce maître, co-fondateur du butô avec Tatsumi HIJIKATA.

L’improvisation est abordée après une longue préparation. Pendant 2h30 à 3h nous travaillons sur l’axe, la verticale, nous rentrons petit à petit dans les matières : corps, espace, temps. Nous prenons conscience du dedans autant que du dehors, de la chair et de la peau, de nos propres limites physiques et mentales. Nous préparons notre « arbre », comme dit Mitsuyo UESUGI. Ce sont beaucoup d’exercices sur la verticale, avec des séries de pliés lents, puis rapides. Des exercices au sol, qui se rapprochent, du yoga. Des exercices qui nous permettent de nous relier à la terre, au ciel, ; au niveau du toucher, du contact mais aussi des énergies qui nous traversent. Sur un stage d’une semaine, nous nous mettons, à la fin de la semaine, si le nombre le permet, face à face, en miroir, pour tous ces exercices. Cela permet au stagiaire d’être avec l’autre, de ne pas s’enfermer dans sa difficulté, dans son effort trop lourd.
Nous terminons le cours par un enchaînement ou un déplacement regroupant tous les principes abordés.

À la fin de ce cours, nous travaillons la marche qui est, je crois, commune à tous les courants de butô. La marche est très lente et permet de ressentir chaque millimètre de corps. Les pieds effleurent la terre. Les bras sont le long du corps, la nuque est longue. Tous les « codes » du butô sont, là aussi, remis en jeu. Le travail d’improvisation démarre là ; il faut trouver l’équilibre entre l’écoute du corps et les désirs.

Le butô est une danse de résistance, une danse qui s’est inscrite en opposition à l’occident et au pouvoir. Elle est née d’un besoin, pour les danseurs japonais, de s’exprimer avec leurs différences, leurs particularités, leur identité. Il est très important pour moi de le rappeler à chaque stage et de transmettre mes connaissances historiques. J’apporte à chaque fois beaucoup de livres (BUTO(S) d’Odette Aslan, mais aussi des livres de ONO) et des vidéos, de ONO, de HIJIKATA et de UESUGI.