PUPI
DUO
2003


Un duo de Mitsuyo Uesugi et Cécile Loyer
Lumières de Jean-Baptiste Bernadet
Musique originale de Eiji Nakazawa
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LA COLLABORATION
AVEC MITSUYO UESUGI


Mitsuyo UESUGI et Cécile LOYER se sont rencontrées en 1999 lors d’un stage de Mistuyo UESUGI à Paris.
En 2000 Cécile LOYER obtient une bourse Villa Médicis hors les murs qui lui permet de partir trois mois à Tokyo travailler avec Mitsuyo UESUGI.
Après une immersion pour Cécile dans le monde japonais et plus particulièrement le monde du butô, elles travaillent ensemble sur le premier solo de Cécile LOYER, Blanc crée en France en mai 2000. Au Japon, Cécile LOYER rencontre Kazuo ONO, le maître de Mitsuyo pendant 25 ans, ainsi que son fils Yoshito ONO.
De retour en France, Cécile LOYER obtient avec Blanc le premier prix au concours du festival Lignes de Corps à Valenciennes.
En avril 2001, Mitsuyo UESUGI donne un stage, assistée par Cécile LOYER dans le cadre de la formation du danseur, organisé par Musiques et danses en Bretagne.
Entre avril et mai 2002, elles enseignent ensemble au CCN d’Orléans (Josef Nadj), avec le CCN de Rennes à Palerme (Italie) et à la Ménagerie de Verre (Paris).
Mitsuyo crée un trio avec deux anciens danseurs de Kazuo ONO, au printemps 2002.
En janvier 2003 elles créent PUPI, un duo présenté au musée d’arts asiatiques à Paris.
A Tokyo Mitsuyo crée un solo, Madame Mélancolia, en janvier 2003.



LA PIECE PUPI

Danser ensemble. Ecrire notre histoire ; celle d’une rencontre. Elle doit devenir énergies, rythmes, tensions entre nous sur un plateau. Nous avons plus de 20 ans de différences et pourtant nous comprenons nos émotions, nos questions, nos envies, nos peurs…nous n’avons pas vécu les mêmes choses ou d’une manière différente ; toutefois nos corps parlent la même langue.

Nous voulons aborder pour ce duo un style simple, que l’on pourrait qualifier, peut-être, d’ancien. Le musée Guimet, où sera créé PUPI, renferme de nombreuses œuvres d’arts de différents pays et différentes cultures ; ce lieu d’héritage nous est apparu un peu comme le cœur de quelque chose ; un endroit paisible, silencieux chargé de siècles, marqués par des guerres et par des alliances où vivent des œuvres, des objets symboles, comme des preuves de l’Histoire et des rencontres entre nos peuples. Nous voulons préserver et travailler avec PUPI dans cette atmosphère.

Ce qui importe dans cette pièce est la rencontre entre les êtres humains avec tout ce que les différences de cultures et de générations ont d’essentielle.
Aujourd’hui nous sommes souvent préoccupés par des besoins matériels ; consommateurs en permanence nous communiquons dans un souci commercial et nous recherchons le concept et l’idée différents, uniques qui nous désignera novateur. Ce duo n’ira pas du tout dans ce sens ; nous ne voulons pas être dans quelque chose de nouveau à tous prix. Nous l’imaginons comme une peinture qui dort dans le dépôt du musée.
Nous voudrions montrer la face et l’envers des sentiments de chacune sans contacts physiques, tout en gardant une distance. Il faut chercher le mystère de l’esprit et du corps et consumer le désir qui se trouve au fond de nous sans se brûler. Comme les marionnettes qui racontent l’histoire de l’être humain sans blesser les autres.

La nouveauté n’existe que par référence à l’ancien. Chaque chose se décline jusqu’à sa forme originelle, c’est à dire de la chaise en bois jusqu’à la graine de l’arbre. Il en est ainsi aussi pour l’homme. Et le nouveau vient grossir la racine qui le relie à l’origine. Si la conscience de ces liens, de ces repères, de ces traces inscrites reste fine et présente alors évoluer devient évident et nécessaire. Si on oubli, c’est les yeux fermés que l’on avance près à trébucher, à s’effondrer au moindre obstacle.

PUPI a deux têtes. PUPI n’a pas d’âge. PUPI traverse les temps.


L'ENSEIGNEMENT

Le travail chorégraphique et l’enseignement de Mitsuyo Uesugi est nourri de sa relation avec le maître de butô Kazuo Ono. Chaque atelier s’ouvre sur une partie physique rigoureuse et très complète. Fondée sur la conscience de l’espace et de temps, présent et passé, cette technique met la mémoire au cœur de la recherche.
«  Il n’y a pas de bon et de mauvais butô , c’est une expérience et une découverte liées à l’existence de chacun. » La seconde partie de l’atelier s’appuiera sur un travail d’improvisation ; la recherche des mouvements à l’écoute de l’être entier : corps et esprit.

 

 

 

Le 22 mai 2000. Retour du Japon


J'ai découvert un autre monde. Un monde où la concentration et le calme s'imposent ; dans l'univers du butô autant que dans le quotidien japonais. Concentration des foules humaines et technologiques qui n'existent que grâce à la sérénité, la réserve de chacun : regard sur les autres et retour sur soi. Nos yeux sont différents, nos oreilles, nos corps entiers se posent et questionnent différemment. Alors les premiers gestes, les évidences ne sont pas les mêmes. Profondément, instinctivement nous n'évoluons pas au même rythme, et c'est cela qui est magique ; changer de pas.

J'ai essayé de comprendre mais il ne fallait pas : trois mois c'est assez long pour apprendre, pas pour comprendre. Je voulais savoir pourquoi les gens dans les trains ne me regardaient pas et ne se regardaient pas plus entre eux. Pourquoi et comment ces marées humaines ne se touchent jamais ? Et, même si cela arrive, pourquoi je n'entendais pas de rires, pas d'agressions de voix. Je ne sais toujours pas ce qu'ils ressentent, où et comment ils se situent en tant qu'individu, être humain, corps seul dans cette société de groupes, de collectivités.
Il fallait stopper les questions, les interrogations et se laisser faire pour toucher et découvrir ces gens. Pendant trois mois, j'ai travaillé sur le corps, le mien bien sûr mais aussi celui de Mitsuyo, dans cet espace, cet univers qui m'était inconnu et qui est son quotidien. Ensemble nous avons construit une danse de mémoire, d'histoire ; la nôtre et un peu celle de tout le monde. Je crois qu'à travers sa danse j'ai compris plus facilement sa vie de femme au Japon, qui elle est, et réciproquement, elle m'a découverte dans les improvisations, petit à petit.

Je suis confuse, tout me vient par bribes, par bouts de surprises, de chocs ; je ne sais pas encore très bien où je me situe dans ce monde. Je veux que cela reste un moment inoubliable, gravé profondément parce que riche et extraordinaire il l'a été, mais aujourd'hui il faut que je vide mon sac, que je vide ma tête de toutes ces interrogations, ces questions sans réponses que j'ai gardé pour moi pendant trois mois.
" Toujours plus haut, toujours plus puissant…ensemble " semble être une devise du gouvernement et des sociétés japonaises dont le désir est d'affirmer leurs positions sur la scène internationale. Et le citoyen se retrouve membre essentiel mais soumis de son entreprise ; il travaille pour le bien du groupe, pour le bien de la société, pour le bien de l'autre. Il existe des magasins remplis de gadgets, de produits pour le corps, pour faciliter ou améliorer le quotidien de chacun ; j'ai trouvé des testeurs d'haleine, des cachets qui coupent l'odeur des excréments, des papiers qui absorbent la transpiration, etc… Des préoccupations matérielles pour des corps travailleurs, des corps " qui avancent ", des corps " machines ".

Il n'y a cependant aucun jugement à apporter ; nos règles de vie, nos lois instinctives sont différentes, c'est ancré. Ils ont le même regard sur les sociétés occidentales, plein de questions, d'incompréhensions, de rires ou de colères, et c'est tant mieux. La différence est primordiale, la différence est riche et définitivement nécessaire.

"Nous sommes une nation d'oublieurs"
Salman RUSHDIE


Je suis aussi l'histoire des autres. Je suis leurs couleurs, leurs cris, je suis leurs pas qui changent. Ils nourrissent chacun des miens, détournent, dirigent mon regard pour qu'il soit différent, se pose ailleurs et construise autre chose.

" …je ne veux plus être autre chose que ce que je suis. Qui que suis-je ? Ma réponse : je suis la somme totale de tout ce qui m'a précédé, de tout ce que j'ai été vu fait, de tout ce qui m'a fait. Je suis tout le monde, toutes les choses dont la venue au monde fut affectée par la mienne. Je suis tout ce qui arrivera quand je ne serai plus et qui ne serait arrivé si je n'étais pas venu. Et je ne suis pas particulièrement exceptionnel dans ce domaine ; chaque " moi " contient une multitude de semblable. Je le répète pour la dernière fois : pour ma comprendre vous devez avaler tout un monde. " Salman RUSHDIE

Mitsuyo et moi avons travaillé et vécu trois mois ensemble. Nous avons échangé nos mondes ; nous nous sommes dévoilées, nous avons retraversé nos histoires respectives pour se présenter, se rencontrer. " Même arme, même terrain ": le Corps.
Avec Mitsuyo, danser c'est être (re)traversé, c'est (re)trouver les mots et les maux de l'enfance, ceux goûtés, ceux imaginés. La boîte aux souvenirs, le potentiel mémoire grandit chaque jour, il est la matière première, la matière vivante de la danse.

La première fois que j'ai vu Mitsuyo danser, je n'ai rien compris, ni même rien vu de son passé, de sa mémoire mais j'ai senti…elle était dans ses souvenirs et nous y emmenait, elle était dans son corps de 13 ans et évoluait, à nouveau, simplement, évidemment dans ses cadences d'enfants. Elle était vivante. Les temps se croisaient, nos histoires se mêlaient. Plus de début, pas de fin : une présence éternelle.

J'ai voulu comprendre…apprendre. Alors, trois mois…Tokyo.

Lorsque j'ai demandé à Mitsuyo de m'enseigner le butô, de m' " apprendre sa danse " elle n'a, d'abord pas compris ce que je cherchais et s'est demandée quel intérêt une danseuse contemporaine et, de surcroît occidentale pouvait trouver dans son monde. Elle doutait aussi de son enseignement, ou plutôt de sa capacité à transmettre, à expliquer. " Le butô n'est pas une technique, le butô appartient à chacun ; littéralement le butô signifie pousser le sol et tourner " ( le kanji de bu exprime la danse en général et, le kanji de tô veut dire pousser la terre).

En opposition au ballet, à la danse classique, technique occidentale, Tatsumi Hijikata (un des fondateurs du butô) chercha une danse de terre, ancrée…une danse de racines. Une danse qui n'existerait que parce que leurs corps sont jaunes, petits, courbés, une danse qui laisserait la place à leurs pas, à leurs marches, qui passerait par des positions recroquevillées, accroupies, la paume des pieds plates incrustées dans le sol ; La danse de ceux qui ont vécu les bombes, les vibrations du désert soudain, du plus rien, ceux qui ont senti la chaleur du néant et celle de la survie…la danse des morts-vivants.

Le butô m'a permis de revenir au corps ; corps chercheur, acteur, créateur, corps riche, fertile, fécond. Esprit-corps, l'entre-deux, comme le définit Daniel Sibony, crée le mouvement. En me tournant vers une danse plus interne, une danse nourrie d'un vécu cela me permet de m'appuyer sur l'autre, de voir l'autre différemment. L'échange est plus compliqué parce que plus riche. Dans cette recherche, regarder, écouter demande plus mais apporte énormément.

Les mots " construction de mouvements ou création de phrases, de pas " ont pris un tout autre sens ; ils naissent d'une fusion ou plutôt de la rencontre entre ce que je suis et ceux qui m'entourent. Des histoires d'Histoire, d'os et de peaux.

Mitsuyo m'a appris à regarder un corps, à écouter et à chercher la danse de l'autre. Elle m'a appris ce qu'est un corps " fort ", un corps solide, exigeant avec lui-même et ouvert.

 

MITSUYO UESUGI

Née en 1950 à Fukuoka (JAPON)


1957-1967 Etudes à la Michiko KOMORT, école de ballet classique
1967 - Intègre la compagnie classique Momoko TANI à Tokyo
1970 - Commence à étudier avec Kazuo ONO
1973 - Création de Ozen avec Kazuo ONO et sa compagnie, tournée dans toute l'Europe (Nancy, Londres, Stuttgart, Stockholm, etc…)
1973 - Première version de son solo She : Tokyo, Fukuoka, Brème, Mexico, Festival butô Séoul, Los Angeles, Colorado, Massachusetts, Paris (Mandapa),
1973 - Festival du Mîmes à Périgueux…
1973 - Elle ne cesse de retravailler ce solo qu'elle danse encore aujourd'hui.
1976 - " Four soli of dance-post butô " : solo Japon-France academy hall
1973 - Quatre soli de danse : solo Avignon- Barcelone
1978 - Moon-ligth insect : sa compagnie ; théâtre de la Bastille (Paris), Tokyo, Fukushima
1980 Intègre la compagnie Studio DM, Catherine DIVERRES et Bernardo MONTET : Le Printemps , Fragment , Concertino ; Théâtre de la Ville , Théâtre National de Chaillot, Théâtre de la Bastille
1994 - Les Enfants , duo avec Olivier GELPE ; Tokyo, Paris (La Ménagerie de Verre), Lyon, Genève
1997 - Création à Quimper et Rennes de Les Journaliers avec L'ENSEMBLE W : Olivier GELPE, Katia FLEIG, Eiji NAKAZAWA, Christine BURGOS, Minuru HIDESHIMA et Mitsuyo UESUGI Bourg-en-Bresse, Théâtre de la Bastille, Valence
1998 - Création à Bourg-en-Bresse et à la Fonderie au Mans de Donkey is going (deuxième pièce d'ENSEMBLE W)
1999 Création d'A-ma-zone duo avec M. HIDESHIMA Création avec le groupe Renniku-Kobo, un projet autour de Kafka dirigé par le metteur en scène Akira OKAMOTO. Tournée en Corée
2001 Tournée avec le groupe Renniku-Kobo au Japon
2002 Création avec le groupe Renniku-Kobo autour de LORCA à Yokohama
1973 Création de 2001 butô invention of n°1 trio. Tournée à Tokyo
2003 Stage en Europe : Orléans, Paris Palerme



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