L'image, de Samuel Beckett

J’ai cessé de croire à mes gestes, mais je les fais quand même et toujours plus soigneusement,
car je trouve à travers eux le vide adorable du monde.

Bernard NOEL, L’espace du désir


Un homme, une action, des caractères familiers, proches, une situation probablement vécue ou, au moins observée. Quelle est la partie évidente ; l’endroit où la superposition du texte, de l’action ou des mots et du corps permet un sens universel, met en jeu la mémoire collective ? Où sont les failles, les ruptures, quand le corps n’est plus un homme mais une montagne ou un chien, une couleur, un silence ou plus rien ?
L’homme qui dure, qui perdure et survit ; celui qui est toujours là, même après la chute ou dans sa perpétuelle chute aurait-il crée son paradis sur terre ?


Que nomme-t-on paradis ? Aujourd’hui et hier ?
Vers 980, paradis, du grec paradeisos désignait un parc clos qui appartenait aux rois et aux nobles dans lequel se trouvaient des bêtes sauvages : ses racines persanes et grecques signifiaient « l’enceinte », « l’enclos », « autour de ». Puis à l’origine du mot « parvis », il définit le « portique » et le « vestibule » situé devant une église. Au 17ème siècle, il fut aussi employé pour l’anse d’un port où les navires se trouvaient en sûreté. Aussi, le poulailler, qui est la partie la plus haute de la salle de spectacle se nomme le paradis, et par métonymie les spectateurs qui s’y trouvent. Enfin le sens premier de Paradis est « le lieu où les âmes des justes jouissent de la béatitude ».
Imaginons le paradis : un espace sauvage, petit, appartenant aux plus riches, protégé et délimité aux portes de l’église. Un espace neutre ? Transitoire ? Un lieu pauvre pour les justes.


Les personnages de Beckett appartiennent à cet « espace des justes ». Simplement justes. Seulement justes. Un paradis infernal. L’engrenage de la vie : la nécessité de se dire, l’impossibilité de se dire. Beckett écrit  L’image, l’unique et l’universelle en même temps.
Elle globalise, elle synthétise l’être humain ; elle est l’humain, un bout de chacun. L’image éternelle, insupportable. Ephémère mais constante.
L’homme de L’image est ce personnage lié et bercé par la fatalité. Résigné à vivre. « L’épuisé » sans plus aucun but, ni possible.
Paradis terrestre, c’est bien cela, plus un pli, plus un heurt. Image parfaite qui ne respire que parce qu’elle est dans le paysage idéal.

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