Le Projet

Chorégraphié et interprété par Cécile Loyer, Raymond (au paradis) est né suite à la lecture de L’image de Samuel Beckett, succession de mots et d’images, sans ponctuation. Le personnage masculin de Raymond (au paradis) nous montre à la fois un peu de nous-mêmes et
de la nature universelle de l’homme. Il est là, proche, et là-bas, lointain, niché dans un coin de notre mémoire que la construction même de la pièce sollicite sans cesse. Celle-ci fait appel à la mémoire immédiate : résurgence spontanée et association d’images, de mots et de leur sens, mélange de notre histoire individuelle et de celle du personnage dépeint devant nos yeux.


Quand on dit « j’ai fait l’image », c’est que cette fois c’est fini, il n’y a plus de possible. La seule incertitude qui nous fasse continuer, c’est que même les peintures, même les musiciens ne sont jamais sûrs d’avoir réussi à faire l’image.
Gilles DELEUZE L’épuisé

La formule de l’art à venir (et comme tout le reste, à s’en aller !) : c’est d’imiter la nature à peu près : et surtout d’imiter la manière dont crée la nature.
August STRINDBERG Du hasard dans la production artistique


C’est Jean-Baptiste qui a apporté L’image de Samuel Beckett. Ce texte intéressait le peintre qu’il est depuis longtemps et, il voulait connaître ma lecture de danseuse.
De quelle manière ce texte pouvait-il nourrir une danse ? Etait-il de la matière pour la scène.
Je voulais aussi travailler sur le regard que « l’homme » peut avoir sur Ombres.
Tenter de me mettre dans la peau du spectateur masculin et lui donner la parole. Un désir un peu schizophrénique ; s’imaginer autre pour se regarder soi.
J’avais vraiment envie de quitter les personnages féminins de Blanc et Ombres : briser cette peau protectrice.
Je pense que je voulais essayer de les voir, de les comprendre et de les « secouer » en leur donnant la réplique.
L’image, qui est un autoportrait d’homme, était une façon de rentrer dans un univers masculin.

Nous sommes partis sur le texte brut, sans objet et sans costume. Très vite, ce qui était un essai et qui devait rester à l’état de chantier s’est imposé et nous a accaparé l’esprit, le corps et l’espace. Nous avions tout à coup, non plus envie mais besoin de travailler sur ce texte et de creuser ce personnage.


L’image a déclenché le corps, le mouvement ; il a défini l’espace et les temps : silences, respirations, accélérations, c’est lui qui les permet, les crée.
C’est un texte sans ponctuation. Un flot de paroles qui décrit un instant ; une image capturée, fixée à tout jamais.
Comme un tableau, il se donne entièrement, directement avec ses couches, ses épaisseurs, ses détails.
Je vois ce texte autant que je l’entends. Les mots se matérialisent immédiatement, ils deviennent espace, posent le décor et me permettent de comprendre et de creuser le paysage. A son écoute et en découvrant l’aire de jeu vide, vierge de toute action, j’ai le sentiment d’être l’image dans le paysage.

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