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Soldats, 2009
Les Soldats de Cécile Loyer re-traversent le monde de l’enfance. Ils jouent aux enfants, jouent comme des enfants. Voyage surprenant et déroutant : la violence des enfants évoque celle des adultes et du monde qui nous entoure. Violence sociale et souvenirs d’enfants se font écho dans une débauche d’énergie impressionnante. Les corps des deux danseurs-acteurs se frôlent, se choquent, s’évitent dans un huis clos où le geste renvoie chacun à sa propre histoire.
Soldats est une pièce brute, primaire même. Les choses sont faites sans détour, sans réserve. « On joue ? on joue à mourir. Vas-y, vas-y ! ». Ici les cadavres se relèvent toujours.
Trois classes d’élèves entre cinq et onze ans ont été associées à cette création. La chorégraphe et les danseurs ont mené plusieurs ateliers autour du thème des monstres, des cauchemars et de la question : « pourquoi joue –t-on à se battre ?».
Rois, 2004-2005
ROIS est le cinquième solo de Cécile LOYER.
Il parle des rapports de force et de la dualité qui sont au cœur de chacun d’entre nous.
Le maître et l’esclave, celui qui aime et celui qui tue sont les deux faces d’un même personnage qui, comme celles des marionnettes du théâtre balinais – richement peintes en couleur du côté caché au spectateur à l’unique destination des dieux-
n’apparaîssent jamais dans leur unité si ce n'est dans notre faculté d'imagination.
Une pièce sur l’ombre et la lumière qui a trouvé en Claudine Longet,
chanteuse et actrice française, émigrée aux Etats-Unis où elle a connu
un destin aussi flamboyant que tragique, une figure éclairante de cette dualité .
http://www.claudine.longet.free.net
http://www.cecileloyer.com
Raymond
(au paradis), 2003
Il
ne faudrait entendre ce texte qu'une seule fois, car une fois que l'image
est faite, il est trop tard, on ne peut revenir en arrière, on
devrait seulement pouvoir se souvenir de cette image, il faudrait donc
que ce soit le corps qui le rejoue, le réentende.
Chacun devrait repartir avec un bout de l'image, et il faudrait qu'en
rentrant chez soi on regarde autrement son chien, sa femme, son mari.
L’image a déclenché
le corps, le mouvement ; il a défini l’espace et les
temps : silences, respirations, accélérations, c’est
lui qui les permet, les crée.
C’est un texte sans ponctuation. Un flot de paroles qui décrit
un instant ; une image capturée, fixée à tout
jamais. Comme un tableau, il se donne entièrement, directement
avec ses couches, ses épaisseurs, ses détails.
Je vois ce texte autant que je l’entends. Les mots se matérialisent
immédiatement, ils deviennent espace, posent le décor
et me permettent de comprendre et de creuser le paysage. A son écoute
et en découvrant l’aire de jeu vide, vierge de toute action,
j’ai le sentiment d’être l’image dans le paysage.
Ce qui compte
dans l’image ce n’est pas le pauvre contenu, mais la folle
énergie captée prête à éclater, qui
fait que les images ne durent jamais longtemps.
Gilles DELEUZE, L'épuisé
Un homme, une action, des
caractères familiers, proches, une situation probablement vécue
ou, au moins observée. Quelle est la partie évidente ;
l’endroit où la superposition du texte, de l’action
ou des mots et du corps permet un sens universel, met en jeu la mémoire
collective ? Où sont les failles, les ruptures, quand le
corps n’est plus un homme mais une montagne ou un chien, une couleur,
un silence ou plus rien ?
L’homme qui dure, qui perdure et survit ; celui qui
est toujours là, même après la chute ou dans sa
perpétuelle chute aurait-il crée son paradis sur terre ?
Le Paradis est « le
lieu où les âmes des justes jouissent de la béatitude ».
Les personnages de Beckett appartiennent à cet « espace
des justes ». Simplement justes. Seulement justes. Un paradis
infernal. L’engrenage de la vie : la nécessité
de se dire, l’impossibilité de se dire. Beckett écrit
L’image, l’unique et l’universelle en même
temps.
Elle globalise, elle synthétise l’être humain ;
elle est l’humain, un bout de chacun. L’image éternelle,
insupportable. Ephémère mais constante.
L’homme de L’image est ce personnage lié et bercé
par la fatalité. Résigné à vivre. « L’épuisé »
sans plus aucun but, ni possible.
Paradis terrestre, c’est bien cela, plus un pli, plus un heurt.
Image parfaite qui ne respire que parce qu’elle est dans le paysage
idéal.
J’ai cessé de croire à mes gestes, mais je les
fais quand même et toujours plus soigneusement, car je trouve
à travers eux le vide adorable du monde. Bernard NOEL
http://www.cecileloyer.com
_
Chorégraphié et interprété
par Cécile Loyer, Raymond (au paradis) est né suite à
la lecture de L’image de Samuel Beckett, succession de mots et
d’images, sans ponctuation. Le personnage masculin de Raymond
(au paradis) nous montre à la fois un peu de nous-mêmes
et
de la nature universelle de l’homme. Il est là, proche,
et là-bas, lointain, niché dans un coin de notre mémoire
que la construction même de la pièce sollicite sans cesse.
Celle-ci fait appel à la mémoire immédiate : résurgence
spontanée et association d’images, de mots et de leur sens,
mélange de notre histoire individuelle et de celle du personnage
dépeint devant nos yeux.
Raymond
(au paradis) developed from reading The image by Samuel Beckett, a flow
of words and images with no punctuation marks. This workinvokes instantaneous
memory, with its spontaneous resurgence and association of images, words
and their meanings; a combination of our own private history and that
of Raymond, a male character who represents both something of each one
of us and the universal man.
Voir
également l'interview de Cécile Loyer à propos
de Raymond
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Pupi,
2003
Danser
ensemble. Ecrire notre histoire ; celle d’une rencontre.
Elle doit devenir énergies, rythmes, tensions entre nous sur
un plateau. Nous avons plus de 20 ans de différences et pourtant
nous comprenons nos émotions, nos questions, nos envies, nos
peurs…nous n’avons pas vécu les mêmes choses
ou d’une manière différente ; toutefois nos
corps parlent la même langue.
Nous voulons aborder pour ce duo un style simple, que l’on pourrait
qualifier, peut-être, d’ancien. Le musée Guimet,
où sera créé PUPI, renferme de nombreuses œuvres
d’arts de différents pays et différentes cultures ;
ce lieu d’héritage nous est apparu un peu comme le cœur
de quelque chose ; un endroit paisible, silencieux chargé
de siècles, marqués par des guerres et par des alliances
où vivent des œuvres, des objets symboles, comme des preuves
de l’Histoire et des rencontres entre nos peuples. Nous voulons
préserver et travailler avec PUPI dans cette atmosphère.
Ce qui importe dans cette pièce est la rencontre entre les êtres
humains avec tout ce que les différences de cultures et de générations
ont d’essentielle.
Aujourd’hui nous sommes souvent préoccupés par des
besoins matériels ; consommateurs en permanence nous communiquons
dans un souci commercial et nous recherchons le concept et l’idée
différents, uniques qui nous désignera novateur. Ce duo
n’ira pas du tout dans ce sens ; nous ne voulons pas être
dans quelque chose de nouveau à tous prix. Nous l’imaginons
comme une peinture qui dort dans le dépôt du musée.
Nous voudrions montrer la face et l’envers des sentiments de chacune
sans contacts physiques, tout en gardant une distance. Il faut chercher
le mystère de l’esprit et du corps et consumer le désir
qui se trouve au fond de nous sans se brûler. Comme les marionnettes
qui racontent l’histoire de l’être humain sans blesser
les autres.
La nouveauté
n’existe que par référence à l’ancien.
Chaque chose se décline jusqu’à sa forme originelle,
c’est à dire de la chaise en bois jusqu’à
la graine de l’arbre. Il en est ainsi aussi pour l’homme.
Et le nouveau vient grossir la racine qui le relie à l’origine.
Si la conscience de ces liens, de ces repères, de ces traces
inscrites reste fine et présente alors évoluer devient
évident et nécessaire. Si on oubli, c’est les yeux
fermés que l’on avance près à trébucher,
à s’effondrer au moindre obstacle.
PUPI a deux
têtes. PUPI n’a pas d’âge. PUPI traverse les
temps.
Cécile
Loyer
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Détail,
2002
«
C’est un détail », autrement dit, une petite chose
sans importance et inutile. Je suis l’accumulation de tant de
détails, comme des morceaux d’autres, et je suis un détail
dans la foule.
Ce solo m’entraîne une fois de plus vers la mémoire.
Il n’y a plus de place aujourd’hui, dans nos vies, pour
le passé ; l’Histoire est trop lourde à assumer,
plus facile à oublier. Avec Détail j’ai cherché
du coté des mémoires enfouies, celles qu’on refuse
d’entendre. Comment vit-on lorsque personne n’écoute
? Dans le secret, sous un masque ou une autre peau ? Déchiré
entre l’impossible oubli et la mémoire impossible.
Il y a alors des
détails de l’Histoire qui s’effacent, des consciences
dont on ignore presque tout et des corps insaisissables dont nous sommes
pourtant la chair de la chair.
Et on se demande qui a écrit notre histoire. Qui a écrit
notre histoire ?
« As-tu
aimé ? As-tu été jeune ? Etais-tu heureux ? Qu’est-ce
que ça veut dire « heureux » ? C’est comment
la mort ?…Des questions, il en restait mille. Faute de mieux on
est venu vous les poser, à vous, dans le noir, qui attendez la
fin, le mot de la fin, avec cette infinie patience de ceux qui ont payé
leur place, vous qui voulez comprendre aussi, malgré le noir
ou justement à cause de lui, et moi, je vous le dis : il n’y
a ni fin, ni réponse…une histoire en miettes, mi-vérité,
mi-fiction ! Des sensations étrangères. Des souvenirs
incertains. Du souvenir ou du rêve, quel est le plus tangible,
dites-moi ? »
« Malpaire
» Jean-Pierre H. TETART
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Ombres, 2001
« Distance »
et « Participation » ; j’aimerais jouer
sur ces deux termes, sur ces deux actes : que le public soit présent
en tant qu’acteur-spectateur. Trouver ou retrouver la ressemblance,
l’appartenance de chacun dans l’autre. A des niveaux, des
moments différents je suis persuadée qu’hommes et
femmes confondus se retrouvent dans toute vie, tout itinéraire ;
ils ont vu, entendu et vécu des situations semblables et les
mêmes émotions jalonnent leurs chemins.
Se souvenir est un acte majeur, primordial ; être capable
de ressentir à nouveau, goûter encore une fois pour, peut-
être oublier définitivement ou au contraire grandir, ou
« s’agrandir » et transmettre.
La mémoire peut être cruelle mais l’oubli est plus
dangereux encore. Il faut se souvenir pour avancer, ne jamais oublier
pour pouvoir changer. Pour pouvoir agir.
« Agir
(c’est à dire précisément l’objet du
théâtre), c’est changer le monde et, en le changeant,
c’est nécessairement se changer », Sartre.
L’histoire,
notre histoire devrait naître de nos regards les uns sur les autres ;
rien ne devrait se faire sans cette attention à l’autre,
sans s’être vu dans l’autre. Reflet. Miroir. Semblables.
Prenez le temps de regarde ces corps au repos, en face de vous, assis ;
ils sont ailleurs. Leurs visages, leurs mains les trahissent. Une respiration
qui s’accélère, des épaules qui se haussent,
des doigts incapables de s’immobiliser, des bouches qui s’étirent,
passant du sourire à la grimace. Effervescence de l’être,
incandescence à jamais. Nos yeux, nos bouches, nos langues, nos
ventres, nos pieds et nos mains, nos derrières et nos sexes expriment
en secret la peur et le désir. Ils chutent et se perdent de la
même manière, aux même rythmes. Petits dérapages
quotidiens qui nous lient indéniablement.
Je fais partie de « la ligne », de ce fil que
d’autres ont commencé à tendre. « Faire
suite, être à la suite, prendre la suite ».
Les Ombres de ma vie m’ont passé le relais. Par petits
bouts, par petites touches, leurs parcours ont défini le mien ;
je suis parce qu’ils ont été. Je n’ai pas
vu ce qu’ils ont vu mais je suis les émotions, les peurs,
les colères, les chagrins qui les ont transformés, façonnés,
déformés à jamais. Pour que nous n’effacions
jamais, que nous ne recommencions jamais, il faut que nos Ombres gardent
leurs places dans nos têtes. Si la mémoire n’est
plus, la Bataille aura eu lieu pour rien.
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Blanc,
2000
1
Dans ma danse,
et le travail que j’ai développé dans « Blanc »,
la surprise, le risque de l’instant ont leur place. « Blanc »
a une histoire mais surtout, il est une histoire. Je l’espère
différente à chaque fois, avec des souffles, des énergies
et des résonances qui n’existent que dans l’instant
précis, grâce ou à cause de ce moment unique. Ce
n’est pas un moment d’improvisation au sens premier du terme
puisque la structure est là, l’improvisation étant
par définition la création sans préparation. Mais
la notion d’improvisation est fondamentale pour moi, car ma volonté
dans « Blanc » est de jouer à chaque fois
avec des espaces différents, des temps différents, des
rebonds, des échos qui existent dans l’incidence du moment
et non dans l’imitation, le connu, le pareil ; le moment
particulier, ce qui s’y passe aussi.
Je voudrais proposer « Blanc » comme une parole,
un geste d’échange possible partout ; comme on pose
sa valise deux minutes juste parce que l’on vient d’être
traversé par une pensée que l’on veut à tout
prix partager…ici, maintenant, avec et pour ceux qui veulent écouter
et puis on repart, tout est oublié. Juste des traces de corps,
de mots restent dans cet espace, dans les têtes peut-être.
Le geste existe, les mots existent, l’espace se crée grâce
à cette rencontre ; le regard de chacun, la place de chacun
là.
Une multitude de corps et une tête ou, peut être un seul
corps pour des milliers de têtes, des milliers d’yeux, des
milliers de bouches, d’oreilles de femme.
La force, la fragilité, la magie de ces femmes connues, inconnues,
celles qui m’entourent et font parties de ma vie chaque jour,
celles rencontrées par hasard ; un regard, quelques mots.
Ce que j’aime, c’est cette faille cachée en chacune
d’entre nous, c’est cette petite chose que l’on déteste,
que l’on veut ignorer et que l’on essaye de dissimuler,
d’effacer à tout prix. Le moment où quelque chose
"dérape", où malgré nous quelque chose
est lâché ; impossible à contrôler :
les yeux, les mains, la voix. Le corps entier, dans un élan,
s’engouffre dans cet état unique, différent chez
chacune et semblable dans ce qu’il demande de naturel, d’inconscient.
C’est dans les moments de solitude que cet état apparaît
sans peine et sans peur.
Une voix intérieure
qui ne s’arrête jamais une fatigue, une lassitude vivante .
Existe-t-il un endroit, un moment où la matière et l’esprit
se rejoignent, où ils ne font qu’un et ne posent qu’une
seule question ? Où le nombril et la pupille ne sont que
deux points, deux centres ? Rien de plus.
Parfois, je me dis que ce sont ces deux points (ou plutôt trois)
qui sont ce que je suis, qui me relient directement à elles,
à eux. Il y a toujours ce fil entre nous, il écrit un
passé et un futur ; quoique nous fassions nous ne sommes
pas seuls, nous ne sommes pas rien.
Le semblable dans l’unique. Je suis tout ce qu’ils m’ont
donnée. Reconstruction d’un être unique. Folie étrange
et généreuse.
Evidence incontrôlable. Il faut en rire. Le dire et puis en rire.
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2
Je dédie ces paroles à ce que je ne comprends pas
dans la vie, à tout ce qui se passe sous mes yeux. Je dédie
ces paroles à l’impossibilité de trouver un mot
qui égale le silence à l’intérieur de moi.Paul
AUSTER
Au début, je voulais parler de bras, de jambes, de sauts, de
corps s’abattant, tournoyant, d’immense voyages à
travers l’espace, de villes, de déserts, de chaînes
de montagnes qui s’étendent plus loin que le regard ne
peut atteindre. Mais à mesure que les mots s’imposaient
à moi, l’idée initiale perdait sa force. A contrecœur,
j’abandonnai mes histoires plaisantes, tous mes récits
d’aventures lointaines et commençai lentement, laborieusement
à vider mon esprit. Seul demeure maintenant ce vide où,
si petit soit-il, tout ce qui se passe peut se passer.
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